A Montivilliers, en Seine-Maritime, se trouve un ancien charnier unique en Normandie : l'aître de Brisgaret. Il se trouve dans le cimetière de la ville.

L’Aître a été construit au 16e siècle car le cimetière du centre ville était devenu trop petit, à cause d'un trop grand nombre de morts dû aux épidémies (peste) et aux famines.

L'aître de Brisgaret est un exemple rare de cimetière médiéval en France ayant conservé sa vocation d'origine.

Exceptionnel par sa structure comportant une chapelle, une galerie et des représentations sculptées, il est classé au titre des monuments historiques depuis 1886.

Le site apporte un témoignage rarissime sur le quotidien d'une population hantée par la Mort et la vision de l'au-delà.

Dès que les gens étaient morts, on les emmenait à l’Aître, et on déposait leur corps dans une tombe ou dans une fosse commune, que l’on appelle charnier. Les corps y sont inhumés recouverts de chaux vive afin d'en accélérer la décomposition.

Puis on attendait que les corps deviennent des os, et l’on récupérait les squelettes que l’on montait par les fenêtres dans la charpente de la galerie de l’Aître, pour faire de la place aux nouveaux morts. Les lucarnes permettant de glisser les ossements sont toujours visibles sur la galerie contrairement au plancher de séparation de l'Aître de Brisgaret.  Libre de tout système de fermeture les combles étaient ouverts à tous les vents. Grâce à cette ventilation naturelle les ossements étaient rapidement desséchés et réduits à l'état de poussière.

C’est ce que l’on appelle un ossuaire.

Lors de la restauration de la charpente des ossements et des cranes ont été découverts entre les poutres. Ils ont été remis à leur emplacement à l'issue des travaux.

 

En dehors de son usage d'ossuaire la galerie est le théâtre de la vie quotidienne à Montivilliers au 16e siècle. Elle sert à protéger les fidèles venus prier pour leurs défunts mais c'est aussi un haut lieu de la sociabilité médiévale. On vient y jouer, écouter les prédicateurs, regarder les amuseurs publics et faire des affaires auprès des camelots qui tiennent boutique le long du mur. 

Outre la galerie en charpente à chevrons ferme, l’Aître de Brisgaret comporte une chapelle dédiée à Saint-Lazare abritant un retable représentant la résurrection de Lazare. Je n'ai pas eu accès à cette chapelle.

Des sculptures de bois naissent des pigeâtres de la galerie, rassemblant des figurines de saints guérisseurs, des représentations des Arma Christi et des décors macabres.

Toutes ces illustrations ont la même finalité: rappeler le caractère inéluctable de la mort et l'importance de se préparer au trépas.

Saint Roch 
Montrant la plaie sur sa cuisse droite il est accompagné d'un ange et d'un chien (très endommagé on en devine seulement la patte). Saint traditionnellement invoqué lors des épidémies de peste, son culte est très présent en Normandie tout au long du Moyen-âge

Saint-Adrien,

Saint guérisseur protecteur des fièvres. Vétu d'une tunique de soldat, d'une cape et d'une toque, il est armé d'une épée (dont la lame a disparu). Il était autrefois accompagné d'un animal.

A gauche, personnage inconnu, probablement un pèlerin ou un pénitent.A droite, un blason aux détails disparus.

Personnage inconnu.

Squelette aux os saillants gambadant, une pelle (disparue) à la main. Motif macabre.

Deux os longs en sautoir. Motif macabre.

La croix et la couronne d'épines, symboles de la Passion du Christ.

Saint-Sébastien, saint guérisseur protecteur de la peste. Représenté en martyr, il est attaché à un pilier, simplement vêtu d'un pagne.

L'Aître de Brisgaret étant construit à la suite des longues périodes de peste, il n'est pas étonnant d'y trouver les figures des saints traditionnellement invoqués lors des épidémies. A une époque où la médecine n'est que de peu d'aide, l'intercession des saints a plus de valeur que les remèdes médicaux.

Un décor mural exceptionnel représente deux scènes : il s’agit, pour l’une, de la figure christique et  pour l’autre d’un char de la mort portée en triomphe.

La restauration de cet ensemble patrimonial devenue nécessaire, le chantier débute en novembre 2012 pour se terminer en juin 2014. Il est depuis ouvert tous les jours au public.

Une élégante croix gothique du XVIe siècle s’élève au milieu de l’ancien charnier, mémoire des défunts et symbole du triomphe de Dieu.

Elle comporte quatre imposantes statues de saints liés à la sainte parenté dont le culte connaît un grand engouement au xve siècle. Il s'agit de Saint Joseph, Saint Jean l'Apôtre, Sainte Anne et de la Vierge Marie portant l'enfant Jésus.

 

L'exposition de Fanny FERRE à l'abbaye de Montivilliers

 

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Commentaires (1)

1. Jean Claude Jacques 04/10/2017

Encore un beau reportage

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